Roberta Invernizzi, l’étoile

Reprise et mise à jour d’un article paru en 2008 ici (discographie) et ici (les live). Je fusionne ces deux articles, pour tenter d’embrasser la carrière de la dame, ce qui n’est pas simple. 

C’est sans doute la plus grande soprano baroque vivante, de Monteverdi à Haydn, rien ne lui résiste: son timbre est pourtant assez diaphane, voir un peu mince et lisse, et ce qui rend sa voix unique c’est bien son sens inouï de la coloration, des aigus fulgurants qui planent de façon immédiatement reconnaissable, une virtuosité à tout épreuve, un grave qui s’est affirmé avec le temps sans aucun poitrinage disgracieux et surtout une délicatesse dans le phrasé, des accents poignants, un art de dynamiser le verbe par l’esprit qui n’appartient qu’à elle. En concert cette attitude sereine, ce geste posé, élégant et néanmoins percutant la subliment davantage encore. Si l’on ajoute que la discographie de la dame est immense, on s’étonne que son talent soit si rare sur nos scènes françaises et qu’elle demeure si peu connue du grand public, alors qu’elle est un vrai mythe pour la plupart des baroqueux. Pour lui chercher des défauts, on peut dire que son français et son allemand sont vraiment exotiques et qu’avec les années, le medium grisonne et mets plus de temps à se chauffer, ce qui ternit un peu le début de  ses prestations récentes.

Roberta-Invernizzi-Irene-de-la-Selva

L’ambition de cet article est de recenser l’exhaustivité des témoignages sonores la concernant aussi bien les disques (dans ce cas un lien vers amazon.fr le signale) que les live captés par la radio (signalés par le lieu et la date du concert). Ne serait-ce que pour la discographie cela n’avait jamais été fait à ma connaissance. Je ne commente que le peu de disques que j’ai pu écouté soigneusement (et parfois des amis blogueurs prennent le relai) et les commentaires extérieurs sont naturellement les bienvenus. Comme d’habitude, je graisse ce qu’il me semble prioritaire d’écouter pour découvrir ses qualités.

  • Ariosti, La Fede nei tradimenti – Biondi (Vienne, Montpellier et Cracovie 2011)
  • Bach JS
    Passion selon Saint Jean – Fasolis
    Messe en si – Fasolis
    – Magnificat & Cantates – Fasolis
  • Badia, La Fuite en Egypte – Florio
  • Battiferri, Vola de Libano – Mencobani
  • Boccherini, Stabat mater – L’Archibudelli
  • Bononcini B., Amor non vuol diffidenza – Jais (Zürich 2012)
  • Buxtehude, Membra Jesu nostri – Fasolis
  • Caldara, La Maddalena ai piedi di Cristo – Dantone (2014)
    http://www.youtube.com/watch?v=34PRpyjbGQ4
  • Campra, Gli Stragli d’Amore – Bonizzoni
    Joli disque d’ariettes pas inoubliables mais divertissantes.
  • Cavalli, La Statira – Florio
    Superbe disque: oeuvre très émouvante, même pour moi qui ai du mal à me laisser emporter par cette musique; Florio est un chef très attentif à la précision et à la plenitude du son, ainsi qu’au soutient de ses chanteurs, indispensable dans ce genre d’oeuvre très dramatique. Evidemment tous les chanteurs ne sont pas aussi excellents qu’Invernizzi, Florio tournant souvent avec son équipe de chanteurs méritants et très honnêtes mais à qui il manque souvent une voix plus impressionante. Si comme moi vous avez du mal avec ce repertoire, la lecture du livret à l’écoute me semble indispensable, sans cela (et à moins que vous ne compreniez parfaitement l’italien), vous louperez tout ce qui fait le charme de l’interprétation d’Invernizzi qui donne ici constemment dans la nuance et l’intention délicate.

La Lucrezia & autres cantates – Retablo barocco
Floridante – Curtis

Te Deum & Dixit dominus – Fasolis
Il Trionfo del Tempo e del Disinganno (Belleza) – deMarchi & Antonini (Cracovie 2013)
– Il Trionfo del Tempo e del Disinganno (Piacere) – Spering
Une splendeur incomparable, le “Lascia la spina”, de très beaux airs du Piacere mais le rôle est trop grave pour elle, et le ratage du “Come nembo” est total: problèmes de respiration, vocalises mécaniques et survolées, il n’y aura même pas de da capo. En plus de la tessiture du rôle (que seule un mezzo colorature possède: Ernman, Bartoli, Hallenberg…), je pense qu’elle a du mal à suivre Spering, chef à la baguette parfois trop vive et qui la soutient mal (elle a le même problème dans Il Ritorno di Tobia avec le même chef dont la vitesse la force à survoler certaines vocalises).
Aci, Galatea e Polifemo – Bonizzoni
Ca c’est indispensable! Invernizzi au firmament aussi bien avec des tubes rafraîchissants comme “Qui l’augel”, même si on peu trouver des trilles plus exacts et moins coincés aujourd’hui, ça pétille comme un diabolo-menthe avec une point d’amertume. Et que dire de cette mort bouleversante.


Cantates italiennes – Retablo barocco
– & Mozart – Timotheus (Alexander’s Feast) – Harnoncourt
Rodrigo – Curtis
– & Caldara – Carmelite Vespers – deMarchi
– Agrippina – Curtis (Madrid 2009)
La Resurezzione – Harnoncourt (Vienne 2011) & Biondi (Cremona 2009)

– Rinaldo – Dantone (Milan 2005 & Cracovie 2009)
Même si elle sait sortir les griffes, je préfère les Armida plus retorses et calibrée avec un grave plus sauvage.
– Terpsichore – Katschner (Potsdam 2005)
– Arias & duets – avec Jaroussky – Immerseel (Lübeck 2010)
– Laudate pueri – Parrott (??)
– Arias – ? (Mantova 2009)

  • Haydn, Il Ritorno di Tobia – Spering
    Une très belle version d’une des plus belles oeuvres vocales de Haydn: Hallenberg est boulversante, Karthaüser un peu absente et Invernizzi souffre parfois d’une direction très rapide qui donne quelques vocalises un peu survolées mais le rôle de l’ange est de loin le plus difficile du point de vue de la virtuosité, avec des écarts de tessitures importants et des vocalises aussi précises qu’abondantes. Bref ce n’est pas parfait, mais cela reste d’excellente facture.
  • d’India, Sivlio e Dorinda – Curtis
  • Jommelli
    Don Trastullo – Florio
    Veni creator spiritus – Florio
    (Frédéric) Le CD Jommeli-Porpora etc est une petite merveille que j’ai acheté juste après l’Olimpiade tellement Invernizzi m’a plu. Ell y est époustouflante de virtuosité dans le Motet de Jomelli comme dans la cantate qui suit. (Clément) J’ai ce Veni creator spiritu, c’est par ce disque que je l’ai découverte. J’avais aimé, sans être époustouflé, à l’époque. C’était les premières publications de Florio et de la collection Tesori di Napoli. Je l’ai réécouté il y a peu : elle est expressive et pleine d’esprit, jolie voix, moins appuyée dans le grave qu’aujourd’hui, ce n’est pas encore aussi personnel qu’à la “maturité” disons, mais très plaisant. C’est une cantate de Sabatino qui la met le plus en avant. Il y a du reste une chaconne de Jommelli que je trouve magnifique, sur ce disque, et que Florio reprenait dans ses concerts avec Ciofi (Cimarosa, Di Majo, Piccinni…).
  • Latilla
    – La Finta cameriera – Florio
    – Don Calatione – Florio (??)
  • Legrenzi, La Morte del cor penitente – Sonatori de la gioiosa marca
  • Lotti, La Vita caduca – Curtis
  • de Majo, Gesu sotto il peso della croce – Biondi
    (Clément) C’est une très belle œuvre, et Invernizzi y chante une Vierge magnifique de noblesse douloureuse et véhémente. Sa façon de rendre expressifs les ornements de son air “Sul doloroso monte” est poignante. J’ajoute que Cirillo est vocalement très à l’aise dans le mezzo de Maddalena, et que Carlo Allemano est comme souvent étonnant d’éloquence.
  • Monteverdi
    A voce sola con sinfonie – Rasi
    – Intégrale des duos (I et II) – Curtis
    Vespro della beata Vergine – Alessandrini
    Orfeo – Garrido
    Orfeo – Alessandrini
    – Orfeo – Dantone (Cremona ?)
    – L’Incoronazione di Poppea – Alessandrini (Bordeaux 2009)
  • Mozart
    – Requiem – Fasolis
    – Regina caeli & Davide penitente – Harnoncourt (Graz)
    Pas la peine de se lecher les babines, Harnoncourt lui a confié le rôle de second soprano, elle ne chante donc que des airs mineurs où elle est sous employée, dommage, même si Hartelius fait du très bon boulot par ailleurs.
    – Airs de concert – Polastri (London 2010)
  • Paisiello
    Pulcinella vendicato – Florio
    Annibale in Torino – Dantone (Turin 2007)
    Une oeuvre fabuleuse servie par un cast époustouflant et une grande scène dramatico-vocalisante pour Roberta! Tout est là pour servir son art: un récitatif ardent et contrasté, des envolées fulgurantes dans l’aigu qui viennent s’échouer dans le grave et une tension dramatique paroxystique.

    Passionne di Gesu Cristo – Fasolis
    (Carlupin) Rien que pour Roberta, il faut y faire une petite halte. Cela suppose évidemment de voir à travers la jaquette, peu engageante ! Les airs dévolus à Pietro la mettent vraiment en valeur, car généralement l’orchestre est discret et ne fait que ponctuer ses interventions. Ces parties très douces demandent une grande souplesse et un art du verbe auxquels le soprano s’atelle avec un bonheur évident. Son dernier air “Se a librarsi in mezzo all’onde” tranche significativement par sa vivacité et sa voltige. Là encore, c’est un sans faute, on est proche de la jouissance ! Il semble parfois que les couleurs du médium disparaissent pour ne laisser agir que son grave rageur et son aigu transperçant. L’oeuvre, bien que fort belle et inventive, n’est pas souvent convaincante. La pompe de la plupart des airs s’accorde mal à l’intimité de la scène relatée par Métastase. L’air que j’évoque juste au-dessus est un exemple parfait. Malgré son titre, il ne décrit absolument pas le tumulte de la tempête, mais l’enfant qui apprend à nager. Pourtant, tout l’attirail de l’aria di tempesta répond présent, depuis les volutes aux cordes jusqu’aux cors, en passant par toutes les pirouettes et les sauts d’octave à la voix… Sur le même texte, Caldara était plus attentif, à défaut d’être excitant. A écouter donc, en oubliant le livret. En plus, personne ne démérite dans cette version, bien au contraire.

  • Perez, Mattutino di morte – Prandi
  • Pergolesi
    – Il Flaminio – Dantone (Beaune)
    Très bon, elle fait montre ici de toute l’expérience qu’elle a acquise auprès de Florio dans l’interprétation d’intermezzi et d’opera buffa; la partition expose donc plus ses talents d’actrice que de virtuose.
    – Salve Regina & Stabat Mater – Fentross (Amsterdam 2009)
    Salve Regina & Stabat Mater – Dantone
    – Salve Regina – Fasolis (Ascona 2013)
    – Cantates – Antonini (Salzburg 2011)
  • Piccini
    – & Sachini, Arias – Florio
    Dans le bel espace de l’Orangerie où le son est lent à mourrir, devant la statut équestre de Louis XIV, Antonio Florio nous proposait ce beau programme sur deux italiens à la cour de Louis XVI alliant (un peu trop!) de morceaux musicaux de Piccini et Sachini à des airs (pas assez!) d’opéra chantés par Roberta Invernizzi. La qualité de l’orchestre n’est plus à démontrer, c’est d’un rare équilibre sans jamais être trop sage, cela sonne remarquablement surtout ainsi réverbéré par les hautes voutes, mais… il faut bien reconnaitre que je me lasse vite de cette musique assez répétitive, surtout quand cela se fait au détriment des airs. Quitte à avoir Invernizzi, autant lui faire chanter un peu plus que quatre airs, bordel! D’autant qu’elle n’était pas vraiment à son aise. Le premier air tiré de Didon est un air de demi-caractère sans grand intérêt, le second est plus interessant mais malheureusement le français d’Invernizzi (je lui ai enfin trouvé un défaut!) est trop vocal, les consonnes se noient dans les voyelles et l’opulence de sa voix, sans compter que la réverbération du lieu n’aide guère à la compréhension du texte. Ce défaut entache aussi la grande scène dramatique d’Oedipe à Colonne, le sentiment y est, mais on reste toujours en retrait faute de comprendre ce qui se passe. Heureusement le “Son regina” de Didone la retrouve dans toute sa gloire: dans sa langue maternelle, sa prosodie retrouve tout son naturel et sa voix se libère avec une aisance souveraine qui culmine dans une cadence délirante, le tout surclassant de loin la version plus sage qu’elle avait donnée à la Villette en 2003 quand Florio avait joué l’opéra en entier.
    – Didone abbandonata – Florio (Paris)
    Encore une résurrection: de très beaux airs, mais Piccini n’est pas mon compositeur favori à cette époque et j’ai du mal à écouter le tout continument, toute cette luxuriance est finalement assez lassante, d’autant que le plateau assez sage n’aide pas forcément.
  • Pistocchi, Il Narciso – Wessel (Köln 2011)
  • Porpora,
    – Dorindo, dormi ancor – Velardi
    Toute jeunette, on la sent assez hésitante surtout dans le grave qui sonne encore sourd, et les vocalises sont un peu scolaires, mais déjà l’aigu est brillant et sa prosodie reconnaissable.
    – Arianna in Nasso – Alessandrini (Beaune 1995)
  • Provenzale
    Mottetti – Florio
    La Colomba ferita – Florio
    Vespro – Florio
  • Purcell, St Cecilia & Funeral of Queen Mary – Fasolis
  • Rossi, Madrigals: Straziami pur amor – Curtis
  • Salieri, La Passion di Gesu Cristo – Dantone (Torino 2011)
  • Scarlatti A.
    La Santissima Trinita – Biondi
    Une très bonne façon de découvrir la musique d’Alessandro Scarlatti: la distribution est brillante et, cela n’arrive pas si souvent au disque, Invernizzi n’est pas seule à briller, puisqu’elle est accompagnée de Gens et de Genaux; Biondi dirige l’oeuvre d’une façon alerte et toujours un peu sèche mais qui convient très bien à ce débat théologique en musique tout de même bien plus séduisant qu’une somme de Saint Thomas!
    La Santissima Annunziata – Biondi (Cracovie & Paris 2008)
    Absolument boulversant! Elle a parfaitement compris que toute la force de la musique de Scarlatti était dans la retenue et l’impact dramatique. Sa vierge est donc extrêmement digne, aussi humble que puissante au milieu de ces allégories. Son air final, angoissé, conscient, chaotique et franc est à l’image de toute cette prestation hallucinante (je mets ici un extrait du live de Cracovie à la prise de son plus proche de la réalité en salle que celle de Paris).

    – La Vergine dei dolori – Alessandrini (Vienne, Paris 2005 & Cracovie 2008)
    Elle y chante St Jean aux cotés de la vierge de Prina, c’est forécement superbe. Scarlatti est définitivement l’un des compositeurs qui lui sied le mieux.
    Davidis Pugna et Victoria – deMarchi
    Carlo, re d’Allemagna – Biondi
    Un Scarlatti comme on les aime, très contrasté, passant du martial à l’éploré, des trompettes et timbales à la voix seule concertant avec un instrument sur une mélodie qu’on a l’impression de connaitre tant elle sonne “naturelle”. Les emportements de Biondi que l’on peut déplorer ailleurs sont ici parfaitement à leur place et dynamisent cette succession d’airs cours et de récitatifs véhéments.
    – Colpa, Pentimento e Grazia – Schneider (Halle 2008)
    – Venere, Adone e Amore – Jais (Zürich 2012)
  • Scarlatti D., Tolomeo e Alessandro – Curtis
    Le fils Scarlatti est loin d’égaler son père de mon point de vue, mais rien que pour elle, ce disque vaut le coup d’y jeter un coup d’oreille. Ma critique du concert ici.
  • Steffani, Orlando generoso – Lohr
  • Stradella
    Moro per amore – Velardi
    Esule dalle sfere – Velardi
    Lo Schiavo liberato – Velardi
  • Veracini, Adriano in Siria – Biondi (Wien 2014)
    Assez déçu par ce compositeur que beaucoup présentent comme l’une des gloires injustement oubliées du siècle, or je trouve que si les ritournelles sont très belles et font saliver son écriture pour la voix est vraiment maladroite et donc frustrante. Cela dit Invernizzi ne rencontre aucune difficulté et on peut admirer ici aussi ses aigus élyséens ou sa sérénité si touchante.
  • Vinci
    Le Zite ‘n galera – Florio
    – & Leo, L’opera buffa – Florio
    Cantates et intermezzi – Florio
    De jolies pieces notemment une en espagnol (Addios!), un programme intéressant sur les passerelles entre l’Italie napolitaine et l’Espagne, mais on reste un peu sur notre faim: les intermezzi même brillamment interprétés, c’est tout de même toujours un peu la même chose, et Invernizzi ne chante (superbement) qu’une seule cantate, la seconde est confiée à un contralto de second ordre.
  • Vivaldi
    Motezuma – Curtis
    Vous n’avez aucune excuse pour ne toujours pas connaître ce disque! Non seulement l’oeuvre est magnifique, mais c’est le plus beau disque de Curtis qui semble ici se réveiller de sa mollesse habituelle et enfin la distribution est époustouflante dans les airs comme dans les récitatifs qu’on a rarement entendu si investis pour un opera seria. Pour ne parler que d’Invernizzi, elle campe une Teutile cristalline qui ne semble s’incarner que dans la souffrance, c’est absolument prodigieux, elle semble se dépasser elle même à chaque air, cette musique lui semble si naturelle qu’elle réussi ce petit miracle que seules de rares monstres sacrés réussissent: chanter avec le même naturel que celui de la parole. Sans doute le meilleur disque pour la découvrir. Avec Sardelli à Cracovie en 2013 elle chantait cette fois-ci Asprano, mais l’orchestre n’est vraiment pas très bon et elle-même un peu dépassé par ce rôle à l’écriture virtuose à la fois très précise et martiale.

L’Olimpiade – Alessandrini
Superbo di me stesso! Comme beaucoup c’est avec ce Megacle que je la découvrais; ce premier opéra de l’édition Naïve est une franche réussite. Je n’ai jamais entendu ailleurs qu’avec Alessandrini une telle homogénéité de l’orchestre qui semble constemment nimbé dans la basse continue comme Venise dans la brume, une direction très dix-septiemiste donc d’une douceur parfois torrentielle (Quel destrier, E troppo spietato, Gemo in un punto…). Outre le glorieux Megacle de notre héroïne du jour dont l’italien est un pur rêve, on notera la présence de la superbe et ténébreuse Mingardo en Licida (que je découvrais aussi et à qui je dois d’avoir choisi ce pseudonyme) et de la non moins marquante Prina (encore une découverte avec ce disque qui est décidemment celui de bien des révélations). En plus ce livret est un des plus réussis et connu de Metastase, donc vous ne pouvez pas passer à coté.

Vespri per l’Assunzione di Maria Vergine – Alessandrini
Un disque indispensable mais pas forcément pour elle: pour les oeuvres absolument, pour Alessandrini aussi, pour Mingardo surtout qui signe les plus beaux Nisi Dominus et Salve Regina de la discographie à mon humble avis, pour Bertagnolli aussi qui chante un très réussi Laudate pueri même si ce n’est pas le meilleur que l’on connaisse. A Invernizzi ne reviennent finalement que des parties d’ensembles qui sonnent comme de luxueuses transitions entre les pièces les plus célèbres. Ses apparitions sont néanmoins remarquables, notemment un superbe Ascende laeta.

Dixit Dominus (+ 3 psaulmes de Galuppi) – Kopp
SuperGarfield:  Ce disque possède l’intérêt d’être un inédit Vivaldien, un troisième Dixit découvert, très beau, très semblable à celui enregistré par Alessandrini chez Naïve. Cependant, Kopp ne semble pas très familier de cette musique, et c’est un peu trop mesuré. L’approche un peu trop lisse pour convaincre pleinement, et le choeur n’est pas très incisif. Les solistes sont très bons, particulièrement Mingardo, Invernizzi et Agnew, très suprenant d’agilité et de phrasé dans le “Dominus a dextris tuis”, réplique quasiment complète de la 1ere section du fameux air “Alma Oppressa” de la Fida Ninfa). Les psaumes de Galuppi sont intéressants également, de vastes dimensions et de facture assez impressionnante (beaucoup d’alternances choeur-solistes au sein d’un même morceau). A connaître pour l’intérêt de l’inédit.
La Silvia – Bezzina
Une des premières réssurections d’opéra de Vivaldi que l’on doit au pionnier Bezzina: l’oeuvre est agréable et champêtre, mais n’était Invernizzi, on oublierait bien vite ce que l’on entend, l’orchestre assez hésitant ou les autres chanteurs assez éffacés.
– Cantates (I et II) – Concerto vago
Ces deux disques ne sont plus disponibles dans le commerce; je ne connais que le premier volume. Il souffre malheureusement d’un accompagnement extrêmement réduit qui, à force de jouer à fond la carte du madrigal, rend toutes ces pièces rares assez interchangeables. Invernizzi a beau y mettre tout le soin qu’on lui connait, c’est très beau mais guère marquant faut de caractérisation d’ensemble suffisante.
Gloria & Magnificat – Gubert
Arias – Bonizzoni
Superbe récital: même si les airs les plus purement virtuoses (Tito Manlio) voient ses vocalises mécanisées et détimbrées (il y a 10 ans elle y aurait été sans égal), les airs plus théâtraux lui vont comme un gant. On regrettera simplement l’accompagnement orchestral très alerte mais un peu maigre (10 musiciens et une grosse réverbération ne suffisent hélas pas dans ce répertoire). N’empêche que des airs splendides qui l’ont vu en difficulté en live, lui réussissent parfaitement ici.

Ottone in villa – Antonini
Bon on ne va pas se mentir, on aurait préféré qu’elle chanta Caio et non Tullia. Maintenant elle chante quand même un des plus beaux airs de Vivaldi, le splendide “Misero spirto mio” qui fait alterner des phrases éplorées avec des morceaux de vocalises acérées, justement ce qui la met en difficulté aujourd’hui. Le reste du disque est assez décevant, notamment parce que le chef d’orchestre qui excelle dans l’animation de certains airs vifs peine à mettre en lumière la structure générale de l’oeuvre qui sonne très morcelée. Donc on se tournera vers son récital Vivaldi mentionné plus haut pour l’entendre chanter Caio et vers le récital Vivaldi de Kozena pour entendre cet air parfaitement chanté et accompagné.
Juditha Triumphans – Fasolis
Ce live est devenu pour moi la version de référence de ce chef d’oeuvre de Vivaldi, supplantant l’excellente version deMarchi parue chez Naïve: Fasolis et ses Barochisti sont stupéfiants et ont réussi à renouveler ma perception d’airs que je pensais connaître par cœur, bref idéal et grisant. Tout le plateau est proche de la perfection à commencer par la Juditha ténébreuse de Mingardo, Laurens est étonnante et Custer enthousiasmante. Invernizzi est un Vagaus à la tessiture plus réduite que celle de la toujours vaillante Comparato dans les rôles d’adolescent (disque Naïve) et contrairement à cette dernière n’arrive pas à laisser deviner la moustache juvénile du jeune écuyer, mais elle fait preuve d’une facilité époustouflante dans la virtuosité presque crâneuse, à l’image de l’assurance du jeune homme, et ainsi épaulée par Fasolis, on ne peut qu’applaudir le résultat d’une musicalité qui touche à l’évidence.

Motets – Bonizzoni (Cracovie)
L’exubérance à fleur de peau de Vivaldi lui va décidément comme un gant: lors de concert elle a chanté Sum in medio tempestatum, O qui caeli et In turbato mare irato. En plus de souligner que ce ne sont pas les plus évidents (diantre!), je ne peux que m’incliner devant son interprétation volcanique qui hisse ce concert au rang de référence; sans compter l’excellent accompagnement de Bonizzoni.

– Ercole sul Termodonte – Biondi (Vienne & Paris 2009)
J’avais vraiment pas adoré: la direction de Biondi est lourde, pleine de maniérismes et déstabilise les chanteurs, voire les couvre. Invernizzi a des airs redoutables à chanter, notamment un “Da due venti il mar turbato” où elle court après l’orchestre, bâcle son canto di sbalzo et sort des aigus vraiment disgracieux. Pour l’entendre dans toute sa gloire dans ce même air, je recommande chaudement son récital Vivaldi.
– La Fida ninfa – Spinosi (Cracovie 2010)
La première Fida ninfa de Spinosi était vraiment prometteuse et touchante, le disque le voyait déjà verser dans l’hystérie, avec cette troisième il malmène encore plus un opéra vénitien qui devrait être un enchantement harmonique permanent et est transformé en concours de vitesse napolitain vidant tous les airs de leur substance. Tout comme dans l’Ercole par Biondi, Invernizzi est constamment bousculée.
– La Senna festeggiante – Bolton (London 2006)
– Tito Manlio – Dantone (Cracovie 2012)
Trop tard hélas, les airs purement virtuoses de Lucio la dépassent et même si elle y met toute son énergie, ces airs de parade ne pardonnent rien. Reste tout de même le très beau “Non ti lusinghe” dans lequel elle en fait presque trop. Sa version de ce même air dans son récital Vivaldi est plus touchante car plus retenue.

  • Ziani, Assalone punito – Curtis
  • DIVERS
    Lo Monteverde Voltato A Lo Napolitano – Florio
    – Salon napolitain – Caramiello
    Donne barocche – Bizzarie Armoniche
    Récital consacré ici à des “compositrices” du XVIIème et XVIIIème siècles. J’ai un peu du mal à parler de la qualité des morceaux présentés ici étant peu familier de ce répertoire, mais voilà un disque que j’écoute avec  beaucoup de plaisir, même si l’ensemble qui l’accompagne me semble parfois un peu trop mériter son nom (Bizzarie armoniche).
    La Vendetta – Bizzarie Armoniche
    O dolce vita mia – Rasi
    Voria che tu cantasse una canzione – Rasi
    La Notte d’amore – Curtis
    Non e tempo d’aspettare – Rasi
    La bella piu bella – Marchitelli
    Amore e morte dell’Amore – avec Sonia Prina – Pianca
    I viaggi di Faustina – Florio
    Un beau recueil d’airs rares pour cette forme de récital hommage à un grand chanteur baroque dorénavant à la mode. Les airs écrits pour Faustina sont parfois un peu graves pour elle et présentent souvent des vocalises très rapides dans lesquelles elle manque de pulpe aujourd’hui. De plus, (comme souvent pour ces récitals) les instrumentistes ne sont pas assez nombreux pour rendre justice à ces airs, qui dès lors se ressemblent un peu tous. Au final rien d’indigne, mais rien de mémorable non plus.
    – Pergolesi, Leo & Jommelli – Pièces sacrées – Curtis (Paris 2011)
    – Pergolesi, Vivaldi & Handel – Arias – Dantone (Schwetzingen 2010)

    – Apparition dans le documentaire Gesualdo. Death for Five Voices de Werner Herzog (1995)
    – Apparition dans le documentaire Handel, maitre du baroque de Ulrich Meyszies (2011)

Si vous connaissez un disque non mentionné dans cette liste, n’hésitez pas à le signaler!

Vous n’en avez pas assez? Alors une chaine Youtube pour vous rassasier: Roberta Triumphans.

 ATTENTION: forte récompense à qui trouvera des enregistrement de ces concerts:

– Handel, La Partenope – Florio (Paris)
– Handel, Silla – Biondi (2004)
– Handel, Arminio – Curtis (Padova 2000)
– Hasse, Sant’Elena al Calvario – Biondi (Salzburg)
– Handel, Amadigi – Beaune
– Handel , Amadigi – Dantone (Versailles 2014)
– Vivaldi, In Furore – Alessandrini (Paris)
– Pergolesi, L’Olimpiade – Dantone (Beaune)

STA01CCD_365902k

Advertisements
Posted in Uncategorized | 4 Comments

Inga Kalna, le brasier

Inga Kalna, ossia le brasier

Lorsque René Jacobs publia sa vision de Rinaldo au disque, ce n’est pas tant le discutable rôle-titre ou les choix d’interprétations toujours aussi visibles qui m’impressionnèrent le plus, mais son Armida : une actrice dont l’incandescence semblait justifier l’intensité vocale, j’imaginai difficilement qu’elle put simplement parler tant le chant semblait son expression naturelle.

Cet alliage fait toute la puissance d’Inga Kalna, soprano lettone que les baroqueux ont sorti de sa routine dixneuvièmiste à l’opéra de Riga. Routine dans laquelle je trouve d’ailleurs sa voix bien trop tranchante et l’aigu abîmé par le volume, l’ingratitude métallique du timbre n’en ressort que plus. Puisque j’aime utiliser des comparaisons pour décrire une voix, celle qui me vient immédiatement à l’esprit la concernant, c’est un brasier : au repos, c’est une lumière uniforme mais intense, au fort pouvoir de fascination, une ardeur cachée sous la cendre, et l’on sent bien qu’il suffit d’un souffle ou d’une émotion plus emportée pour que la flamme surgisse; on comprends alors l’importance du tisonnier-chef d’orchestre pour ce tempérament, et il n’est finalement pas étonnant que René Jacobs ai rendu possible ses plus belles interprétations. La dame est cependant trop rare en dehors du giron de son protecteur, et il fallait bien un autre excessif comme Marc Minkowski pour lui confier récemment Lucio Cinna à Salzbourg. On ne trouve que trop peu de témoignages de son talent sur Youtube et j’ai du y uploader une grosse moitié des airs présentés ci-dessous. Je vous laisse apprécier ses emportements, ses aigus chauffés à blanc comme des crépitements, et sa façon de ciseler ses vocalises telle une flamme qui s’étiole.

Morceaux choisis

  • Handel, Rinaldo

Un Armida dont les aigus sont autant de morsures et les graves, témoins de sa fatale faiblesse.

  • Handel, Radamisto

On devrait lui faire chanter tout Handel, tellement elle y est affûtée.

  • Vivaldi, Motezuma

Tout ses airs valent le détour et pas uniquement pour ces vocalises acérées qu’elle exécute avec un allant stupéfiant. Le reste du disque est par ailleurs très recommandable, un des meilleurs Vivaldi dirigé par un Curtis en grande forme avec des interprêtes de premier choix.

  • Mozart, Le Nozze di Figaro

(on remarquera aussi la Susanna débutante alors)

  • Handel, Samson

Reconnaissez que ça change des rossignols qu’on y entend d’habitude: on a là une vraie femme israélite et pas une adolescente timide.

  • Handel, Alcina

Je me souviens avoir été emballé par son interprétation du rôle à Garnier (quelques semaines après ce live de Vienne), j’en avais fait la critique ici, hélas le chef d’orchestre et sa direction épileptique gâchent un peu le plaisir, sauf dans cet air qui justement illustre une lente crise d’épilepsie. Je sais que Minkowski l’a finalement dirigée dans le rôle alors qu’elle remplaçait Harteros malade, mais hélas aucune captation n’existe à ma connaissance.

  • Handel, Serse

Bon le point d’orgue à la fin est assez “hors style” comme on dit, mais je n’avais jamais entendu un tel déchaînement dans cet air, sans pour autant dérailler; nul doute que le poison mentionné est assez corrosif et déversé en torrent!

  • Mozart, Idomeneo

Autant son dernier air dans cet opéra me laisse un peu sur ma faim, autant celui-ci est un modèle de perfection: ces ralentis dans le récitatif initial, comme si Elettra retenait encore ses mots et sa rage, pour finalement verser peu à peu dans la folie après le “piu non resisto”, écoutez sa façon de lancer les “pieta” et de syncoper ses phrases, elle semble haleter avec l’orchestre.

  • Mozart, Lucio Silla

On peut ne pas aimer les déluges orchestrés par Minkowski dans Mozart (moi j’adore!), mais le personnage qui lui fait face n’en est que plus mis en valeur. Ici sa voix est trop violente pour signifier les lendemains qui chantent, et l’on peut préférer des timbres plus doux comme celui d’Yvonne Kenny ou des chanteuses à la ligne plus épurée comme Henriette Bonde-Hansen, mais je trouve que cela introduit directement dans le drame. Je n’ai pas vu la mise-en-scène mais j’espère qu’ils ont joué la dessus, personne ne croit en l’entendant que tout va bien se passer, surtout quand les montées dans l’aigu sont aussi furieuses!

  • Naumann, Cora och Alonso

Naumann fait partie des grands compositeurs oubliés du 18ème siècle (son Aci e Galatea est aussi sublime, sorti au disque); Jacobs s’y était brièvement intéressé avec ce concert mais n’a hélas jamais enregistré l’oeuvre, reste donc ce live et dans cet air final, on entend bien, il me semble, la façon dont elle fait crépiter sa voix. C’est la version traduite en allemand et non l’original en suédois qui est ici chanté.

  • Rameau, Platée

Déjà la qualité du français: chapeau! Dans ce rôle on entend souvent des sopranos qui n’ont pas le bagage technique et le masque sous des enflures stylistiques censés excuser les notes approximatives, comme si la folie autorisait à chanter n’importe comment, alors qu’ici tout les délires sont parfaitement maîtrisés et elle ne s’écarte de sa ligne de chant que temporairement pour l’effet comique avant d’y revenir: la folie se signale dans la musique et non dans le simple jeu. Et bien sur ici la rugosité de son timbre fait merveille.

  • Rossini, Il Turco in Italia

On se situe ici à la limite de son répertoire, là où le volume nécessaire pour dépasser l’orchestre commence à souligner l’aigreur de ses aigus. Cela dit rien que pour son entrain et l’élan de son chant, je l’aime beaucoup dans cet air et si certains aigus sont ici peu phonogéniques, je suis sûr qu’en salle, leur effet devait être saisissant.

  • Donizetti, Maria Stuarda

Bon là on a franchit une ligne, et faut aimer les combats à l’acide, mais entre Pendatschenska et elle les affrontements ne manquent pas de dramatisme :o)

 Discographie

Et ben y en a pas, ou si peu. A coté du Rinaldo et du Motezuma cités plus haut, quelques disques de jeunesse produits en Lettonie, et une Flûte enchantée avec Jacobs où elle chante la première dame… qui n’est pas franchement le genre de rôle de prima donna qu’elle mérite.

Son site web http://www.ingakalna.com/ pas à jour mais avec plein d’autres extraits (et non les morceaux entiers hélas) musicaux notamment dans Hindemith, Verdi (le trille final du “Caro nome” est d’une précision délirante), Puccini et Donizetti.

Son répertoire : http://operabase.com/a/Inga_Kalna/7313

Posted in Uncategorized | 1 Comment

Max-Emmanuel Cencic, ossia il Maxou

 

© Photo: Julian Laidig

Reprise et mise à jour d’un précédent article daté de 2009
 
Maxou c’est un peu mon contre-ténor favori: non seulement il fait partie de ce club restreint de contre-ténors capables d’assumer la virtuosité des rôles de castrat héroïque (c’est à dire sans escamoter tous les graves et en étant crédible virilement, loin de ces voix angéliques qui se transforment en cris de petits garçons), mais en plus il se place au sommet de ce club par l’homogénéité de ses registres graves et aigus et par l’originalité de son timbre qui fait de lui une de ces voix “rares” que le XVIIIème siècle appréciait tant. Et le spectacle n’est pas que vocal: ah ce look! on en pense ce que l’on veut, mais cela fait du bien pendant les versions de concert, de voir arriver un mec au style assumé et constamment renouvelé (à chaque disque sa coupe de cheveux) capable de soutenir l’attention à coté des toilettes luxueuses de ces dames et au milieu de ces messieurs au costard trop large. Ajoutez à cela un investissement théâtral fort, un sens du mot prodigieux, un soin d’exécution remarquable et une musicalité forgée depuis l’enfance, on comprend ma pâmoison. Pour les délires vocalisant, on peut certes lui préférer Franco Fagioli, plus assuré dans les extrêmes, mais Cencic garde ma préférence pour le velours du timbre.

Je vais m’intéresser ici à sa carrière de contre-ténor et non de sopraniste au sein des Petits Chanteurs de Vienne, goûtant peu ce type de voix; je passe donc sous silence l’abondante discographie de cette période (1987-1995) faite de musique sacrée, de lieders, de rôles pour enfant et d’airs d’opéras bidouillés. Ne feront exception à la règle qu’un Demofoonte de Jommelli capté en 1995 qui laissent déjà percevoir les qualité du futur chanteur et ce, deux ans avant qu’il ne décide de se retirer de la scène pour travailler sa voix. A son retour en 2001, la voix est métamorphosée et l’on découvre un contre-ténor qui fera date dans l’histoire de cette technique.

Mise-à-jour 2014: bon là dessus j’ai eu le nez creux puisque non content d’être un excellent chanteur, il s’est lancé dans une entreprise de redécouverte d’opéras baroques oubliés via sa boite de production Parnassus Arts qu’il dirige avec son mari. Premier coup de maître, l’Artaserse de Vinci, et il en fallait de l’energie pour faire croire que l’on pouvait remplir des salles avec un compositeur inconnu sans passer par le récital ni s’appeler Bartoli. Ce spectacle que seul l’opéra de Nancy avait eu l’audace de soutenir est finalement remonté régulièrement et aura permis de faire exploser le talent de Franco Fagioli, jusque là connu des seuls afficionados du baroque. Suivirent un historique Alessandro de Handel et un plus contestable Tamerlano. Prochains rendez-vous de cette initiative, Siroe in Persia de Hasse (dont il signe aussi la mise-en-scène) et Catone in Utica de Vinci; encore une fois aucune maison parisienne pour les accueillir, donc heureusement que l’opéra de Versailles croit en eux. Son actualité est essentiellement constitué des tournées de ces différents opéras ainsi que de ces récitals consacrés au baroque vénitien et à la musique de Hasse. On pourra aussi l’entendre au Théâtre des Champs-Elysées pour un gala de contre-ténors autour d’un programme que l’on peut supposer inédit.

 


Morceaux choisis

  • Scarlatti D., Cantate “Da me si t’allontana”

Cencic s’est d’abord fait connaitre en tant que contre-ténor par une série de disques consacrés aux cantates de Caldara, Vivaldi et Domenico Scarlatti. On entends bien ici que ce n’était pas alors un simple débutant, ne serait-ce que par l’ambitus de la voix, il était sans doute l’un des seuls contre-ténor alors à poitriner ses graves avec autant d’élégance. Avec un joli t-shirt qui se fonds bien sur la tapisserie et des collègues très concernées, cela fait une vidéo très bourgeoiso-queer, la marque est lancée! Et ce n’est qu’une des vidéos que vous trouverez sur le DVD qui accompagne le disque.

  • Vivaldi, Andromeda liberata

C’était je crois sa première intégrale au disque et cela n’est pas passé inaperçu, notamment grâce à cet air (le seul de Vivaldi dans ce pasticcio) où il démontre tout ce qu’une voix profonde peut apporter à ces lamenti souvent chasse gardée des contre-ténors sopranos.

  • Handel, Giulio Cesare

A Gênes en 2007, on donnait le Giulio Cesare le plus trépidant que je connaisse: malgré (ou peut-être grâce) le bidouillage de la partition et les instruments modernes, Fasolis dirige cela comme jamais et j’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Prina dans le rôle titre. Cencic est plus à sa place ici qu’en Sesto (Lausanne 2008): Tolomeo n’est plus du tout la folle tordue que l’on nous chante souvent, et ce grâce à des graves bien présents et à un sens du style évident qui ne sacrifie rien à la qualité du jeu. Le “Stille amare” importé du Tolomeo confère enfin une vraie mort à ce personnage, Cencic y est aussi planant que palpitant.

  • Jomelli, Demofoonte

A Schwetzingen en 1995, tout jeune sopraniste et peu de temps avant sa pause, Maxou chantait un rôle à un seul air mais pas des moindres: “Non odi consiglio”. Parfaitement accompagné par Bernius dont Jommelli est le compositeur de prédilection, il fait déjà preuve d’un emportement remarquable n’hésitant à poitriner lourdement pour réaliser le canto di sbalzo, les registres graves et aigus sont encore clairement dissociés mais la réalisation est déjà d’une assurance rare pour un sopraniste.

  •  Vivaldi, Orlando Furioso

Même si Spinosi semble plus pressé que jamais, fourvoyant Mijanovic dans le rôle titre, c’est la seule occasion d’entendre Cencic dans ce rôle ou brille habituellement Jaroussky. Les deux visions sont d’égal intérêt, tout dépend donc du gout de chacun: si l’on préfère les contre ténors étherés et angéliques on ira voir Phiphi, si l’on est plus porté à une expression plus douloureuse, non moins sublimée mais moins affectée de la souffrance, on ira voir Maxou. Le dernier air le met cependant en sérieuse difficulté.

 

  • Handel, Rinaldo

Des grands Rinaldo contre-ténors, je n’en connais pas… à part Cencic, et peut-être Fagioli bientôt. Ici encore accompagné superbement par Fasolis, il donne le meilleur de lui-même alors que l’on aurait pu craindre que ces airs échevelés le pousse à choisir entre vélocité et couleur.

  • Handel, Teseo

En live, à la fin d’un autre opéra à pyrotechnie de Handel, Cencic prouve que sa voix tient la route hors des studios.

Discographie

Parmi ses nombreux récitals, j’ai une tendresse particulière pour le second consacré aux cantates de Scarlatti, cela date un peu pour l’accompagnement vraiment maigrichon, mais la voix possède alors des couleurs moirées qu’il a un peu perdu par la suite au profit d’une plus grande virtuosité.

Ensuite il ne faut pas manquer son disque hommage à Hasse: objectif affiché lors de la sortie, vous convaincre que Hasse est rock; c’est en tout cas un récital à la hauteur de ce compositeur injustement négligé alors qu’il était considéré comme l’égal de Handel de son vivant (au point que l’on ne sait plus bien qui des deux a été appelé le “Caro Sassone” en premier); l’accompagnement de Petrou est comme toujours superlatif. Dans la même veine, le récital intitulé Venezia regorge aussi de contrastes et de découvertes.


Chanter du Hasse en short, ça tue!

Dernier récital que je recommande, celui consacré à Handel. Le disque s’intitule Mezzo-soprano, c’est déjà un étendard: il clame haut et fort que la voix de contre-ténor peut-être autre chose que soprano, et que l’on peut être homme et mezzo. A coté d’airs connus qui lui font affronter la mémoire des plus grand(e)s sans rougir, on trouve des airs d’Arianna in Creta ou du Parnasso in Festa, qui sont des raretés car parmi les plus difficiles qu’Handel ait jamais écrits. Par ailleurs, la comparaison entre ce qu’il fait des airs de Serse ici et 10 ans plus tôt (avant son interruption de carrière) est assez instructive sur les années de travail nécessaire pour que ce genre de voix puisse pleinement s’épanouir.

Dans les intégrales: le Faramondo de Handel m’avait fait un choc lors de sa sortie, tirant l’opéra hors de la seconde zone dans lequel les musicologues le rangeaient, ici encore Diego Fasolis n’y était pas pour rien. Autre grande réussite, l’Allessandro de Handel, en tout point parfait et qui confirme le talent de Petrou à la tête de son orchestre Armonia Atenea. En revanche le réçent Tamerlano souligne les difficultés de Minasi à soutenir la tension sur 3 heures, mais l’opéra est sans doute le plus difficile à écouter de Handel hors de la scène, restent Cencic, Gauvin et deSabata qui en font de toute façon la version de référence. N’oublions pas le déjà mentionné Andromeda liberata, superbe pasticcio de Vivaldi et ses amis, une des plus belles réussite du chef Andrea Marcon.

L’Ezio de Gluck est à ce jour la meilleure intégrale d’un opera seria de Gluck, dirigé par un Curtis plus dynamique qu’à l’accoutumé et accompagné par de royales Prina et Hallenberg (ma critique du concert). Il a d’ailleurs enregistré deux fois cet opéra mais la première version le voit mal entouré.

Si vous en voulez plus, son disque Rossini est un pari risqué avec la même ambition. Le trucage du disque permet une performance qui serait certes moins assurée dans une salle de concert et si l’on a les délires vocaux de Horne dans les oreilles on pourra être déçu. Vous aimerez si vous cherchez dans Rossini autre chose que de la pyrotechnie vocale, c’est à dire un style châtié, un traitement de cette musique qui prends conscience de la portée de chaque note loin de toute conception générique et routinière. Sans compter que l’accompagnement d’Hoffstetter est dans la même veine, rappelant tout ce que les baroqueux peuvent apporter à cette musique.


Tout le concert est d’ailleurs très recommandable, de Handel à Offenbach en passant par Donizetti, et des annonces de programmes hautes en couleurs.

Enfin il existe deux DVD de L’Incoronazione di Poppea de Monteverdi: à Madrid il chante Ottone, à Lille Nerone. Il est aussi bon dans les deux rôles mais l’entourage fait clairement pencher pour Lille (on perd Bonitatibus mais on gagne Hallenberg, une mise-en-scène sans excès de carton pâte, un orchestre plus charnu et une Yoncheva en pleine ascension).

Le Sant’Alessio de Landi m’avait ennuyé par sa longueur et son étirement contemplatif, il faut dire que Christie est particulièrement mou là dedans. La mise-en-scène constitue par contre un des plus beaux spectacles de Lazar, et Cencic campe une épouse à la douleur mariale prodigieuse, l’androgynie de sa voix et le débit assez lent de la partition lui permettent de raffiner à l’extrême et, de fait, de porter l’illusion théâtrale à un point rarement atteint dans la musique du XVIIème.

Le Rodrigo de Handel par Lopez-Banzo est bien moins réussi que son Amadigi pour la même maison, et Cencic n’y brille que par un air de tempête certes entraînant mais assez conventionnel au dernier acte (ma critique du concert). Je ne partage pas l’enthousiasme général pour le Farnace de Vivaldi, sans doute est-ce du à la version retenue (la dernière parmi les 3) que je trouve vraiment faite de bric et de broc, et peut-être à la direction (seule fois où j’ai été déçu par Fasolis); son “Gelido in ogni vena” est cependant superbe. Le DVD et le CD de l’Artaserse valent surtout pour l’orchestre et Fagioli, les airs dévolus à Cencic n’étant pas les plus marquants. Il chante à peine dans le mauvais Fernando de Handel.

Enfin citons: ses récitals Vivaldi, Caldara et Scarlatti I récemment réunis, mais moins aboutis que le Scarlatti II et des duetti avec Jaroussky, un peu trop prout-prout pour moi.

Un peu de dix-neuvieme décalé pour conclure: du Strauss et du Offenbach, extension du domaine de la glotte!

Quantcast

Posted in Uncategorized | 3 Comments

Franco Fagioli, le castrat contrefait

Cet article devait initialement être publié sur l’ancienne mouture de ce blog en 2010, mais mon entrée dans la vie salariale ayant arrêté net mon activité de blogueur, il est toujours resté dans les limbes de mon ordinateur. Avec le nouveau positionnement de ce blog et en raison de la notoriété acquise par le bonhomme depuis, il était tout naturel que j’inaugure ce nouvel espace virtuel avec un hommage à celui qui porte haut la gloire des contre-ténors. Fagioli_16Aimer cette voix m’a pris du temps. D’abord parce que je l’ai découverte avant sa célébrité amenée par l’Artaserse de Vinci, quand sa voix n’était pas si assurée, il chantait Tolomeo dans Giulio Cesare au Théâtre des Champs Elysées alors. Ensuite parce que comme toutes les voix truquées, cela peut décontenancer (mais je ne critique pas ce trucage qui reste moindre que celui consistant à se faire couper les… hein, bon). Ma première réaction à l’écoute de sa voix se résumait à « c’est quoi ce gloubiboulga ? ». Ce n’est pas une voix que l’oreille éclaircit à la première écoute, son caractère très engorgé et la monochromie de son timbre font barrage, on entend surtout le trucage, le bruit des tuyaux. Une fois le premier geste de répulsion passé, on entend très vite l’extraordinaire sureté technique de l’artiste : c’est toujours juste, à sa place, net, pas de flou, parfaitement assertif, recherché, obtenu et assumé sans hésitation. La boite à outil du belcantiste est parfaitement maitrisée, la battue des trilles jamais esquivée. Et cette technique lui permet d’oser avec succès des descentes appuyées dans le grave et des envolées fulgurantes dans l’aigu qui ne sont ni anecdotiques, ni trompeuses : en salle la projection est remarquable jusque dans ces extrêmes. Quant au timbre, il est assez sombre et profond, cas rare pour un contre-ténor.

Enfin c’est le sens du drame que l’on entend : je ne parle pas seulement de la déclamation des récitatifs, du soin apporté à l’articulation ou même de l’intégration du poids des mots dans la musique ; Fagioli organise ses arias, rien n’est improvisé, il a compris que l’aria est une montée en puissance qui délivre ses charmes peu à peu, jusqu’au ravissement final. Comme Cencic, c’est dans le da capo qu’il emporte la mise, variant les reprises avec des effets toujours plus recherchés, dosés avec de plus en plus de générosité, jusqu’à la cadence où il n’hésite pas à alterner graves surpoitrinés et aigus fulminants. C’est d’ailleurs ce que l’on peut lui reprocher, un excès de zèle belcantiste, Romina Basso ou Vivica Genaux pèchent un peu au même endroit, ce qui nuit à la lisibilité des phrases ainsi surchargées, fascine certes mais flirte parfois dangereusement avec le yodel.

La voix de Franco Fagioli a aussi bien des ressemblances avec celle d’Alexandrina Pendatschenska : tout y semble condensé, tassé à la première écoute, très nerveux, au vibrato serré, en un mot qui n’existe que dans le langage des critiques et qui signifierait vibrionnant avec une largesse réfrénée: trémulant. Comme la trémulation provoquée par l’effroi ou le désir, cette voix rappelle constamment qu’elle n’est que viande lourde animée par le souffle de l’esprit, et parfois plus qu’animée, propulsée. A bien y réfléchir, beaucoup des artistes lyriques que j’affectionne illustrent cette trémulation.

Pour les détails biographiques, Franco Fagioli a… 33 ans : il en avait 22 quand René Jacobs l’a engagé pour son Don Chisciotte de Conti, 24 quand il était Giulio Cesare aux cotés de Cecilia Bartoli.

Son actualité est riche :

  • un Siroe de Hasse est prévu au disque à la rentrée mais il faudra se rendre à Vienne pour l’y entendre (à Versailles, c’est ME Nesi qui chantera ce rôle écrit pour Cafarelli). En voilà un avant-gout.
  • un récital à la salle Gaveau et à Ambronay dans un programme inédit d’airs que Porpora a écrit pour Farinelli, ce qui devrait lui aller comme un gant à en juger par sa performance dans Polifemo (sortie au disque également)
  • à Versailles dans le Catone in Utica de Vinci en juin 2015 (sortie en cd également) et pour son programme Caffarelli en récital
  • à la Philarmonie de Paris et à Poissy pour un Orfeo de Gluck déjà entendu à Boulogne (version de Vienne donc, mais avec l’ajout du “Addio miei sospiri” parce que ce serait très frustrant sans !)
  • un récital consacré à Velutti, dernier castrat de l’opéra est également dans les tuyaux
  • pour l’entendre dans une nouvelle prise de rôle il faudra aller à Francfor (Alidoro dans L’Orontea de Cesti) ou à Londres (Idamante dans l’Idomeneo de Mozart).

Après toute cette glose, voilà quelques exemples musicaux. Alors oui, il grimace beaucoup. Fagioli c’est un peu une Bartoli au carré ; la parenté est d’ailleurs bien plus que physique, c’est dans son giron qu’il a décollé (Giulio Cesare à Zurich, récitals en duo, Stabat Mater de Steffani) et sa façon appuyée de triller ou d’arquer les bras avant une longue vocalise est clairement inspirée de celle de Bartoli. L’expérience de la scène lui a permis de diminuer ces moues, et je suis certains que son assurance technique croissante lui permettra d’avoir la même tenue physique que vocale.

Morceaux choisis

Gluck, Ezio


C’est avec ce disque que j’ai pour la première fois pris conscience de son talent hors du commun: non seulement l’étendue est remarquable pour un contre-ténor (quoique les graves étaient alors moins sonnants qu’aujourd’hui), la vocalisation assurée mais la prosodie est étonnamment claire pour un air aussi retors et rapide.

Gluck, Orfeo

Handel, Teseo

A mon sens le meilleur Teseo de la discographie, même si on peut rêver beaucoup mieux dans les autres rôles.

Handel, Rodelinda

C’est le plus beau Bertarido que j’ai entendu. Le Vivi tiranno du même opéra balaye aussi la concurrence.

Hasse, Artaserse

Bon ok l’orchestre écorche un peu les oreilles, mais sinon ça laisse sur le cul non?

Porpora, Polifemo

Pour ce tube, on peut préférer des versions plus ethérées et il ne sait certes pas alléger sa voix dans les lamenti aussi bien que Bartoli ou scénariser l’air (le da capo n’offre que des variations dénuées de sens psychologique), mais pour une fois entendre une version dans le drame de cet air en renouvelle ma perception blasée. Les autres airs du rôle, plus brillants, lui vont cependant mieux je trouve.

Rossini, Aureliano in Palmira

Comme Cencic mais avec un volume sans doute supérieur (simple supposition, n’ayant entendu ni l’un ni l’autre dans ce répertoire en salle), le voilà qui chasse sur les terres des contraltos rossiniens et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas à pâlir de la concurrence. J’ai souvent des réserves sur les interprétations de Rossini par de chanteurs plus habitués au baroque : ce que l’on y gagne en intelligence et en raffinement ne comble qu’insuffisamment ce que l’on y perd en show-off et en impact. Or avec Fagioli, on a tout, manque peut-être simplement une plus grande variété harmonique, mais c’est pour chipoter tant il s’approche ici des contralto idéaux tels Marilyn Horne.  Et oui cet air a servi de base à la cavatine de Rosina dans Il Barbiere di Siviglia trois années plus tard.

Vinci, Artaserse

Le rôle qui a fait sa célébrité. Comme quoi dans le baroque, l’audace paye et chanter un rôle ardu d’un opéra inconnu vous rendra plus célèbre que d’enchaîner les Tolomeo dans Giulio Cesare. Cet air est le plus célèbre historiquement non seulement de l’œuvre mais de la carrière de son interprète, Carestini. Les baroqueux regrettaient amèrement son absence du disque hommage fait par Jaroussky et devaient se contenter d’une version coupée jouée lors d’un gala à Naples dans les années 80 et de la version de Simone Kermes qui y marche sur des œufs plus que sur la crête des vagues. Ici l’ampleur de la mer qui enfle est parfaitement illustrée par un interprète qui ne craint pas d’explorer les deux extrêmes de sa tessiture sans perdre sa ligne de chant, ce qui fait tout le prix de ce morceau qui n’est pas un air de tempête éperdu comme les autres puisque c’est un air d’avant la tempête où l’on doit sentir celle-ci menacer et avec elle les vagues enfler puis diminuer en permanence.

Handel, Riccardo Primo

Là aussi, difficile de penser à d’autres interprêtes qui sautent avec autant de verve sur cet air tandis que l’orchestre joue de façon aussi énergique et forte.

Conti, Don Chisciotte in Sierra Morena

Cet extrait à surtout des fins documentaires: tout jeune (l’un de ses premiers rôles), la voix n’est pas encore très étendue (dans le grave surtout), le timbre franchement gris et la vocalisation un peu pataude mais déjà très reconnaissable.

Discographie 

Je recommande de commencer bien sur par le superbe Arias for Caffarelli. Ce disque souligne avant tout le monstre vocal qu’il est : Caffarelli était réputé pour sa tessiture très étendue, ce qui a incité beaucoup de compositeurs à écrire des morceaux avec des écarts diaboliques sur de très courtes durées (ce que l’on appelle le canto di sbalzo) : amateurs de montagnes russes, accrochez vos ceintures ! Par contre niveau émotion, c’est un peu court, mais l’interprète original est plus à blâmer que celui qui lui rend hommage, tous les morceaux lents ou profonds sont transformés en démonstrations d’agilité vocale qui détournent du propos et font mieux comprendre l’aversion croissante que ce genre suscitera le siècle finissant. Néanmoins cela reste un des meilleurs récital-hommage consacré à un castrat, qui plus est accompagné par un orchestre explosif. Et d’ailleurs voici le bonus que vous ne trouverez pas sur le disque alors que c’est sans doute le plus bel air du recueil.

Pour l’émotion en plus de la virtuosité, on ira vers l’Artaserse de Vinci sorti en DVD: une production fanfreluche  non dénuée d’humour, des collègues tous à la hauteur et le tout dirigé par le plus grand chef d’orchestre baroque actuel.

Ensuite on arrive sur des disques pour lesquels son entourage est moins brillant mais qui méritent le détour au moins pour lui et l’orchestre: le Teseo de Handel, une oeuvre tout aussi passionnante et colorée ou bien la dernière version de l’Ezio de Gluck et son orchestration cataclysmique. A l’inverse, ce sont ses collègues et non l’orchestre qui font la valeur de la Berenice, oeuvre irrégulière de Handel mais avec des moments dramatiques assez forts comme son air principal; voir la critique que j’avais fait du concert à l’époque. Le Germanico n’a par contre rien d’interessant, le Stabat Mater de Steffani enregistré avec Bartoli ne lui offre que peu d’occasions de briller et l’Aureliano in Palmira est tout de même réservé à ceux qui veulent posséder tout Rossini.

Il existe aussi un récital Mozart-Handel enregistré dans sa jeunesse mais l’orchestre ne m’y enchante guère et ses airs sont un peu tous passés à la même moulinette sans grande variété, et le registre aigu est vraiment disgracieux. Un beau récital d’arias du XVIIème siècle où il est bon mais je trouve sa voix trop pesante pour ces pièces où il ne manque cependant pas de délicatesse.

Et j’attends avec impatience son prochain récital dédié à Porpora ainsi que la sortie d’une Concordia de Pianeti de Caldara dirigé par A.Marcon prévue pour octobre.

Son site: http://www.franco-fagioli.info
Pour suivre son actualité sur Twitter, le très bon fil d’un de ses fans: @fagiolista

Posted in Uncategorized | 13 Comments