Maria Laura Martorana, la colorature martiale

Maria Laura Martorana, ce nom ne parle qu’aux amateurs de musique baroque italienne les plus acharnés à découvrir des œuvres rares du XVIIIème siècle, et si je dis acharné, c’est que la dame s’est souvent produite accompagnée d’orchestres d’excellence régionale pour ne pas dire de seconde zone et entourée de chanteurs qui croient pouvoir débuter aisément une carrière en couinant des rôles virtuoses où ils ne souffrent d’aucune comparaison… puisque l’opéra n’a jamais été rejoué depuis sa création. La découverte de cette chanteuse est donc semée d’embuches. Mais avant de continuer, écoutez là :

C’est Clément qui m’avait fait découvrir cet air à la terrasse d’un café; lui avait eu le courage de passer les 30 premières minutes de l’enregistrement pirate de mauvaise qualité, quand je vous dis que c’est une chanteuse qui se mérite. Alors oui l’orchestre est un peu laborieux, et on se demande d’entrée si on ira au-delà de la première partie de l’aria. Mais cette onde des violons typique de Porpora, et l’allant de cette voix retiennent : la récompense pour les amateurs de sensation fortes vient dans le dacapo avec ses aigus aussi puissants que stratosphériques.

Le charme de cette voix ne vient pas de sa pureté comme c’est souvent le cas pour les sopranos coloratures : ici l’aigu est puissant, affirmé, percutant mais pas toujours très propre, et souvent très strident, sans compter un vibratello très audible. Ces excès de vaillance vocale pas toujours très harmonieux pourront en gêner plus d’un : mais cette témérité n’ignore pas les graves et la technique est loin d’être hasardeuse, elle a même a parfois de ces curiosités délicieuses qui la rapprochent d’Ewa Malas-Godlewska. J’ai toujours eu beaucoup d’attachement pour ces chanteurs qui n’escamotent pas les difficultés et affrontent la partition avec la même détermination que le personnage son destin. Maria Laura Martonara a cette tension quasi martiale dans la voix qui fait toujours craindre pour l’issue du combat et rend fascinant son triomphe. Revers de la médaille, dans les airs alanguis ou élégiaques, le charme opère beaucoup moins, et lorsque la voix fatigue on entend davantage le medium ingrat. Alors bienvenue dans le monde métallique des opéras baroques interprétés sur instruments modernes, à des diapasons masochistes, vous n’entrez pas ici pour vous relaxer. J’appelle de tous mes vœux un directeur d’opéra ou un grand chef d’orchestre à lui permettre de chanter ailleurs qu’en Italie et avec des orchestres plus à la hauteur de son talent.

Coté discographie: on pourra commencer par le beau Il Mondo alla rovescia de Salieri où elle reprend notamment le grand air de Semele dans l’Europa Riconosciuta (mais en plus difficile!!) et bénéficie d’une vraie direction baroque avec Sardelli à la baguette.  Ensuite I Guiochi d’Agrigento de Paisiello la trouve très en forme et investie avec deux grands airs qui mêlent emportements dramatiques et vocalises tantôt échevelées tantôt piquées qu’elle exécute avec aplomb impressionnant. Lo sposo di tre e il marito di nessuno n’et pas une partition très intéressante mais son premier air vaut le détour. L’Achille in Sciro de Sarro bénéficie d’un orchestre plus idoine dirigé par Sardelli encore mais ses airs sont moins intéressants que dans l’I guiochi et l’excitation doit souvent attendre le da capo. Dans la Proserpine de Paisiello, elle chante dans un français compréhensible (sauf hors du medium) une belle Cérés dont la fureur manque de soutien à l’orchestre mais qui ne demande qu’à épancher ses accents angoissés et rageurs. On évitera son récital de cantates de Porpora qui est à peu près ce qui lui convient le moins, beaucoup de morceaux élégiaques et très centraux accompagnée par un orchestre chétif; idem pour l’Ottone in villa de Vivaldi où elle chante la séductrice Cleonilla alors que les tourments de Caio ou Tullia lui auraient mieux convenu, et puis l’orchestre est bien sage. On trouve aussi une Flûte enchantée  en italien où elle chante la première dame.

Morceaux choisis

 

Et pour les amateurs de Waldo de Los Rios

http://www.marialauramartorana.com

Sa chaine Youtube

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