Roberta Invernizzi, l’étoile

Reprise et mise à jour d’un article paru en 2008 ici (discographie) et ici (les live). Je fusionne ces deux articles, pour tenter d’embrasser la carrière de la dame, ce qui n’est pas simple. 

C’est sans doute la plus grande soprano baroque vivante, de Monteverdi à Haydn, rien ne lui résiste: son timbre est pourtant assez diaphane, voir un peu mince et lisse, et ce qui rend sa voix unique c’est bien son sens inouï de la coloration, des aigus fulgurants qui planent de façon immédiatement reconnaissable, une virtuosité à tout épreuve, un grave qui s’est affirmé avec le temps sans aucun poitrinage disgracieux et surtout une délicatesse dans le phrasé, des accents poignants, un art de dynamiser le verbe par l’esprit qui n’appartient qu’à elle. En concert cette attitude sereine, ce geste posé, élégant et néanmoins percutant la subliment davantage encore. Si l’on ajoute que la discographie de la dame est immense, on s’étonne que son talent soit si rare sur nos scènes françaises et qu’elle demeure si peu connue du grand public, alors qu’elle est un vrai mythe pour la plupart des baroqueux. Pour lui chercher des défauts, on peut dire que son français et son allemand sont vraiment exotiques et qu’avec les années, le medium grisonne et mets plus de temps à se chauffer, ce qui ternit un peu le début de  ses prestations récentes.

Roberta-Invernizzi-Irene-de-la-Selva

L’ambition de cet article est de recenser l’exhaustivité des témoignages sonores la concernant aussi bien les disques (dans ce cas un lien vers amazon.fr le signale) que les live captés par la radio (signalés par le lieu et la date du concert). Ne serait-ce que pour la discographie cela n’avait jamais été fait à ma connaissance. Je ne commente que le peu de disques que j’ai pu écouté soigneusement (et parfois des amis blogueurs prennent le relai) et les commentaires extérieurs sont naturellement les bienvenus. Comme d’habitude, je graisse ce qu’il me semble prioritaire d’écouter pour découvrir ses qualités.

  • Ariosti, La Fede nei tradimenti – Biondi (Vienne, Montpellier et Cracovie 2011)
  • Bach JS
    Passion selon Saint Jean – Fasolis
    Messe en si – Fasolis
    – Magnificat & Cantates – Fasolis
  • Badia, La Fuite en Egypte – Florio
  • Battiferri, Vola de Libano – Mencobani
  • Boccherini, Stabat mater – L’Archibudelli
  • Bononcini B., Amor non vuol diffidenza – Jais (Zürich 2012)
  • Buxtehude, Membra Jesu nostri – Fasolis
  • Caldara, La Maddalena ai piedi di Cristo – Dantone (2014)
    http://www.youtube.com/watch?v=34PRpyjbGQ4
  • Campra, Gli Stragli d’Amore – Bonizzoni
    Joli disque d’ariettes pas inoubliables mais divertissantes.
  • Cavalli, La Statira – Florio
    Superbe disque: oeuvre très émouvante, même pour moi qui ai du mal à me laisser emporter par cette musique; Florio est un chef très attentif à la précision et à la plenitude du son, ainsi qu’au soutient de ses chanteurs, indispensable dans ce genre d’oeuvre très dramatique. Evidemment tous les chanteurs ne sont pas aussi excellents qu’Invernizzi, Florio tournant souvent avec son équipe de chanteurs méritants et très honnêtes mais à qui il manque souvent une voix plus impressionante. Si comme moi vous avez du mal avec ce repertoire, la lecture du livret à l’écoute me semble indispensable, sans cela (et à moins que vous ne compreniez parfaitement l’italien), vous louperez tout ce qui fait le charme de l’interprétation d’Invernizzi qui donne ici constemment dans la nuance et l’intention délicate.

La Lucrezia & autres cantates – Retablo barocco
Floridante – Curtis

Te Deum & Dixit dominus – Fasolis
Il Trionfo del Tempo e del Disinganno (Belleza) – deMarchi & Antonini (Cracovie 2013)
– Il Trionfo del Tempo e del Disinganno (Piacere) – Spering
Une splendeur incomparable, le “Lascia la spina”, de très beaux airs du Piacere mais le rôle est trop grave pour elle, et le ratage du “Come nembo” est total: problèmes de respiration, vocalises mécaniques et survolées, il n’y aura même pas de da capo. En plus de la tessiture du rôle (que seule un mezzo colorature possède: Ernman, Bartoli, Hallenberg…), je pense qu’elle a du mal à suivre Spering, chef à la baguette parfois trop vive et qui la soutient mal (elle a le même problème dans Il Ritorno di Tobia avec le même chef dont la vitesse la force à survoler certaines vocalises).
Aci, Galatea e Polifemo – Bonizzoni
Ca c’est indispensable! Invernizzi au firmament aussi bien avec des tubes rafraîchissants comme “Qui l’augel”, même si on peu trouver des trilles plus exacts et moins coincés aujourd’hui, ça pétille comme un diabolo-menthe avec une point d’amertume. Et que dire de cette mort bouleversante.


Cantates italiennes – Retablo barocco
– & Mozart – Timotheus (Alexander’s Feast) – Harnoncourt
Rodrigo – Curtis
– & Caldara – Carmelite Vespers – deMarchi
– Agrippina – Curtis (Madrid 2009)
La Resurezzione – Harnoncourt (Vienne 2011) & Biondi (Cremona 2009)

– Rinaldo – Dantone (Milan 2005 & Cracovie 2009)
Même si elle sait sortir les griffes, je préfère les Armida plus retorses et calibrée avec un grave plus sauvage.
– Terpsichore – Katschner (Potsdam 2005)
– Arias & duets – avec Jaroussky – Immerseel (Lübeck 2010)
– Laudate pueri – Parrott (??)
– Arias – ? (Mantova 2009)

  • Haydn, Il Ritorno di Tobia – Spering
    Une très belle version d’une des plus belles oeuvres vocales de Haydn: Hallenberg est boulversante, Karthaüser un peu absente et Invernizzi souffre parfois d’une direction très rapide qui donne quelques vocalises un peu survolées mais le rôle de l’ange est de loin le plus difficile du point de vue de la virtuosité, avec des écarts de tessitures importants et des vocalises aussi précises qu’abondantes. Bref ce n’est pas parfait, mais cela reste d’excellente facture.
  • d’India, Sivlio e Dorinda – Curtis
  • Jommelli
    Don Trastullo – Florio
    Veni creator spiritus – Florio
    (Frédéric) Le CD Jommeli-Porpora etc est une petite merveille que j’ai acheté juste après l’Olimpiade tellement Invernizzi m’a plu. Ell y est époustouflante de virtuosité dans le Motet de Jomelli comme dans la cantate qui suit. (Clément) J’ai ce Veni creator spiritu, c’est par ce disque que je l’ai découverte. J’avais aimé, sans être époustouflé, à l’époque. C’était les premières publications de Florio et de la collection Tesori di Napoli. Je l’ai réécouté il y a peu : elle est expressive et pleine d’esprit, jolie voix, moins appuyée dans le grave qu’aujourd’hui, ce n’est pas encore aussi personnel qu’à la “maturité” disons, mais très plaisant. C’est une cantate de Sabatino qui la met le plus en avant. Il y a du reste une chaconne de Jommelli que je trouve magnifique, sur ce disque, et que Florio reprenait dans ses concerts avec Ciofi (Cimarosa, Di Majo, Piccinni…).
  • Latilla
    – La Finta cameriera – Florio
    – Don Calatione – Florio (??)
  • Legrenzi, La Morte del cor penitente – Sonatori de la gioiosa marca
  • Lotti, La Vita caduca – Curtis
  • de Majo, Gesu sotto il peso della croce – Biondi
    (Clément) C’est une très belle œuvre, et Invernizzi y chante une Vierge magnifique de noblesse douloureuse et véhémente. Sa façon de rendre expressifs les ornements de son air “Sul doloroso monte” est poignante. J’ajoute que Cirillo est vocalement très à l’aise dans le mezzo de Maddalena, et que Carlo Allemano est comme souvent étonnant d’éloquence.
  • Monteverdi
    A voce sola con sinfonie – Rasi
    – Intégrale des duos (I et II) – Curtis
    Vespro della beata Vergine – Alessandrini
    Orfeo – Garrido
    Orfeo – Alessandrini
    – Orfeo – Dantone (Cremona ?)
    – L’Incoronazione di Poppea – Alessandrini (Bordeaux 2009)
  • Mozart
    – Requiem – Fasolis
    – Regina caeli & Davide penitente – Harnoncourt (Graz)
    Pas la peine de se lecher les babines, Harnoncourt lui a confié le rôle de second soprano, elle ne chante donc que des airs mineurs où elle est sous employée, dommage, même si Hartelius fait du très bon boulot par ailleurs.
    – Airs de concert – Polastri (London 2010)
  • Paisiello
    Pulcinella vendicato – Florio
    Annibale in Torino – Dantone (Turin 2007)
    Une oeuvre fabuleuse servie par un cast époustouflant et une grande scène dramatico-vocalisante pour Roberta! Tout est là pour servir son art: un récitatif ardent et contrasté, des envolées fulgurantes dans l’aigu qui viennent s’échouer dans le grave et une tension dramatique paroxystique.

    Passionne di Gesu Cristo – Fasolis
    (Carlupin) Rien que pour Roberta, il faut y faire une petite halte. Cela suppose évidemment de voir à travers la jaquette, peu engageante ! Les airs dévolus à Pietro la mettent vraiment en valeur, car généralement l’orchestre est discret et ne fait que ponctuer ses interventions. Ces parties très douces demandent une grande souplesse et un art du verbe auxquels le soprano s’atelle avec un bonheur évident. Son dernier air “Se a librarsi in mezzo all’onde” tranche significativement par sa vivacité et sa voltige. Là encore, c’est un sans faute, on est proche de la jouissance ! Il semble parfois que les couleurs du médium disparaissent pour ne laisser agir que son grave rageur et son aigu transperçant. L’oeuvre, bien que fort belle et inventive, n’est pas souvent convaincante. La pompe de la plupart des airs s’accorde mal à l’intimité de la scène relatée par Métastase. L’air que j’évoque juste au-dessus est un exemple parfait. Malgré son titre, il ne décrit absolument pas le tumulte de la tempête, mais l’enfant qui apprend à nager. Pourtant, tout l’attirail de l’aria di tempesta répond présent, depuis les volutes aux cordes jusqu’aux cors, en passant par toutes les pirouettes et les sauts d’octave à la voix… Sur le même texte, Caldara était plus attentif, à défaut d’être excitant. A écouter donc, en oubliant le livret. En plus, personne ne démérite dans cette version, bien au contraire.

  • Perez, Mattutino di morte – Prandi
  • Pergolesi
    – Il Flaminio – Dantone (Beaune)
    Très bon, elle fait montre ici de toute l’expérience qu’elle a acquise auprès de Florio dans l’interprétation d’intermezzi et d’opera buffa; la partition expose donc plus ses talents d’actrice que de virtuose.
    – Salve Regina & Stabat Mater – Fentross (Amsterdam 2009)
    Salve Regina & Stabat Mater – Dantone
    – Salve Regina – Fasolis (Ascona 2013)
    – Cantates – Antonini (Salzburg 2011)
  • Piccini
    – & Sachini, Arias – Florio
    Dans le bel espace de l’Orangerie où le son est lent à mourrir, devant la statut équestre de Louis XIV, Antonio Florio nous proposait ce beau programme sur deux italiens à la cour de Louis XVI alliant (un peu trop!) de morceaux musicaux de Piccini et Sachini à des airs (pas assez!) d’opéra chantés par Roberta Invernizzi. La qualité de l’orchestre n’est plus à démontrer, c’est d’un rare équilibre sans jamais être trop sage, cela sonne remarquablement surtout ainsi réverbéré par les hautes voutes, mais… il faut bien reconnaitre que je me lasse vite de cette musique assez répétitive, surtout quand cela se fait au détriment des airs. Quitte à avoir Invernizzi, autant lui faire chanter un peu plus que quatre airs, bordel! D’autant qu’elle n’était pas vraiment à son aise. Le premier air tiré de Didon est un air de demi-caractère sans grand intérêt, le second est plus interessant mais malheureusement le français d’Invernizzi (je lui ai enfin trouvé un défaut!) est trop vocal, les consonnes se noient dans les voyelles et l’opulence de sa voix, sans compter que la réverbération du lieu n’aide guère à la compréhension du texte. Ce défaut entache aussi la grande scène dramatique d’Oedipe à Colonne, le sentiment y est, mais on reste toujours en retrait faute de comprendre ce qui se passe. Heureusement le “Son regina” de Didone la retrouve dans toute sa gloire: dans sa langue maternelle, sa prosodie retrouve tout son naturel et sa voix se libère avec une aisance souveraine qui culmine dans une cadence délirante, le tout surclassant de loin la version plus sage qu’elle avait donnée à la Villette en 2003 quand Florio avait joué l’opéra en entier.
    – Didone abbandonata – Florio (Paris)
    Encore une résurrection: de très beaux airs, mais Piccini n’est pas mon compositeur favori à cette époque et j’ai du mal à écouter le tout continument, toute cette luxuriance est finalement assez lassante, d’autant que le plateau assez sage n’aide pas forcément.
  • Pistocchi, Il Narciso – Wessel (Köln 2011)
  • Porpora,
    – Dorindo, dormi ancor – Velardi
    Toute jeunette, on la sent assez hésitante surtout dans le grave qui sonne encore sourd, et les vocalises sont un peu scolaires, mais déjà l’aigu est brillant et sa prosodie reconnaissable.
    – Arianna in Nasso – Alessandrini (Beaune 1995)
  • Provenzale
    Mottetti – Florio
    La Colomba ferita – Florio
    Vespro – Florio
  • Purcell, St Cecilia & Funeral of Queen Mary – Fasolis
  • Rossi, Madrigals: Straziami pur amor – Curtis
  • Salieri, La Passion di Gesu Cristo – Dantone (Torino 2011)
  • Scarlatti A.
    La Santissima Trinita – Biondi
    Une très bonne façon de découvrir la musique d’Alessandro Scarlatti: la distribution est brillante et, cela n’arrive pas si souvent au disque, Invernizzi n’est pas seule à briller, puisqu’elle est accompagnée de Gens et de Genaux; Biondi dirige l’oeuvre d’une façon alerte et toujours un peu sèche mais qui convient très bien à ce débat théologique en musique tout de même bien plus séduisant qu’une somme de Saint Thomas!
    La Santissima Annunziata – Biondi (Cracovie & Paris 2008)
    Absolument boulversant! Elle a parfaitement compris que toute la force de la musique de Scarlatti était dans la retenue et l’impact dramatique. Sa vierge est donc extrêmement digne, aussi humble que puissante au milieu de ces allégories. Son air final, angoissé, conscient, chaotique et franc est à l’image de toute cette prestation hallucinante (je mets ici un extrait du live de Cracovie à la prise de son plus proche de la réalité en salle que celle de Paris).

    – La Vergine dei dolori – Alessandrini (Vienne, Paris 2005 & Cracovie 2008)
    Elle y chante St Jean aux cotés de la vierge de Prina, c’est forécement superbe. Scarlatti est définitivement l’un des compositeurs qui lui sied le mieux.
    Davidis Pugna et Victoria – deMarchi
    Carlo, re d’Allemagna – Biondi
    Un Scarlatti comme on les aime, très contrasté, passant du martial à l’éploré, des trompettes et timbales à la voix seule concertant avec un instrument sur une mélodie qu’on a l’impression de connaitre tant elle sonne “naturelle”. Les emportements de Biondi que l’on peut déplorer ailleurs sont ici parfaitement à leur place et dynamisent cette succession d’airs cours et de récitatifs véhéments.
    – Colpa, Pentimento e Grazia – Schneider (Halle 2008)
    – Venere, Adone e Amore – Jais (Zürich 2012)
  • Scarlatti D., Tolomeo e Alessandro – Curtis
    Le fils Scarlatti est loin d’égaler son père de mon point de vue, mais rien que pour elle, ce disque vaut le coup d’y jeter un coup d’oreille. Ma critique du concert ici.
  • Steffani, Orlando generoso – Lohr
  • Stradella
    Moro per amore – Velardi
    Esule dalle sfere – Velardi
    Lo Schiavo liberato – Velardi
  • Veracini, Adriano in Siria – Biondi (Wien 2014)
    Assez déçu par ce compositeur que beaucoup présentent comme l’une des gloires injustement oubliées du siècle, or je trouve que si les ritournelles sont très belles et font saliver son écriture pour la voix est vraiment maladroite et donc frustrante. Cela dit Invernizzi ne rencontre aucune difficulté et on peut admirer ici aussi ses aigus élyséens ou sa sérénité si touchante.
  • Vinci
    Le Zite ‘n galera – Florio
    – & Leo, L’opera buffa – Florio
    Cantates et intermezzi – Florio
    De jolies pieces notemment une en espagnol (Addios!), un programme intéressant sur les passerelles entre l’Italie napolitaine et l’Espagne, mais on reste un peu sur notre faim: les intermezzi même brillamment interprétés, c’est tout de même toujours un peu la même chose, et Invernizzi ne chante (superbement) qu’une seule cantate, la seconde est confiée à un contralto de second ordre.
  • Vivaldi
    Motezuma – Curtis
    Vous n’avez aucune excuse pour ne toujours pas connaître ce disque! Non seulement l’oeuvre est magnifique, mais c’est le plus beau disque de Curtis qui semble ici se réveiller de sa mollesse habituelle et enfin la distribution est époustouflante dans les airs comme dans les récitatifs qu’on a rarement entendu si investis pour un opera seria. Pour ne parler que d’Invernizzi, elle campe une Teutile cristalline qui ne semble s’incarner que dans la souffrance, c’est absolument prodigieux, elle semble se dépasser elle même à chaque air, cette musique lui semble si naturelle qu’elle réussi ce petit miracle que seules de rares monstres sacrés réussissent: chanter avec le même naturel que celui de la parole. Sans doute le meilleur disque pour la découvrir. Avec Sardelli à Cracovie en 2013 elle chantait cette fois-ci Asprano, mais l’orchestre n’est vraiment pas très bon et elle-même un peu dépassé par ce rôle à l’écriture virtuose à la fois très précise et martiale.

L’Olimpiade – Alessandrini
Superbo di me stesso! Comme beaucoup c’est avec ce Megacle que je la découvrais; ce premier opéra de l’édition Naïve est une franche réussite. Je n’ai jamais entendu ailleurs qu’avec Alessandrini une telle homogénéité de l’orchestre qui semble constemment nimbé dans la basse continue comme Venise dans la brume, une direction très dix-septiemiste donc d’une douceur parfois torrentielle (Quel destrier, E troppo spietato, Gemo in un punto…). Outre le glorieux Megacle de notre héroïne du jour dont l’italien est un pur rêve, on notera la présence de la superbe et ténébreuse Mingardo en Licida (que je découvrais aussi et à qui je dois d’avoir choisi ce pseudonyme) et de la non moins marquante Prina (encore une découverte avec ce disque qui est décidemment celui de bien des révélations). En plus ce livret est un des plus réussis et connu de Metastase, donc vous ne pouvez pas passer à coté.

Vespri per l’Assunzione di Maria Vergine – Alessandrini
Un disque indispensable mais pas forcément pour elle: pour les oeuvres absolument, pour Alessandrini aussi, pour Mingardo surtout qui signe les plus beaux Nisi Dominus et Salve Regina de la discographie à mon humble avis, pour Bertagnolli aussi qui chante un très réussi Laudate pueri même si ce n’est pas le meilleur que l’on connaisse. A Invernizzi ne reviennent finalement que des parties d’ensembles qui sonnent comme de luxueuses transitions entre les pièces les plus célèbres. Ses apparitions sont néanmoins remarquables, notemment un superbe Ascende laeta.

Dixit Dominus (+ 3 psaulmes de Galuppi) – Kopp
SuperGarfield:  Ce disque possède l’intérêt d’être un inédit Vivaldien, un troisième Dixit découvert, très beau, très semblable à celui enregistré par Alessandrini chez Naïve. Cependant, Kopp ne semble pas très familier de cette musique, et c’est un peu trop mesuré. L’approche un peu trop lisse pour convaincre pleinement, et le choeur n’est pas très incisif. Les solistes sont très bons, particulièrement Mingardo, Invernizzi et Agnew, très suprenant d’agilité et de phrasé dans le “Dominus a dextris tuis”, réplique quasiment complète de la 1ere section du fameux air “Alma Oppressa” de la Fida Ninfa). Les psaumes de Galuppi sont intéressants également, de vastes dimensions et de facture assez impressionnante (beaucoup d’alternances choeur-solistes au sein d’un même morceau). A connaître pour l’intérêt de l’inédit.
La Silvia – Bezzina
Une des premières réssurections d’opéra de Vivaldi que l’on doit au pionnier Bezzina: l’oeuvre est agréable et champêtre, mais n’était Invernizzi, on oublierait bien vite ce que l’on entend, l’orchestre assez hésitant ou les autres chanteurs assez éffacés.
– Cantates (I et II) – Concerto vago
Ces deux disques ne sont plus disponibles dans le commerce; je ne connais que le premier volume. Il souffre malheureusement d’un accompagnement extrêmement réduit qui, à force de jouer à fond la carte du madrigal, rend toutes ces pièces rares assez interchangeables. Invernizzi a beau y mettre tout le soin qu’on lui connait, c’est très beau mais guère marquant faut de caractérisation d’ensemble suffisante.
Gloria & Magnificat – Gubert
Arias – Bonizzoni
Superbe récital: même si les airs les plus purement virtuoses (Tito Manlio) voient ses vocalises mécanisées et détimbrées (il y a 10 ans elle y aurait été sans égal), les airs plus théâtraux lui vont comme un gant. On regrettera simplement l’accompagnement orchestral très alerte mais un peu maigre (10 musiciens et une grosse réverbération ne suffisent hélas pas dans ce répertoire). N’empêche que des airs splendides qui l’ont vu en difficulté en live, lui réussissent parfaitement ici.

Ottone in villa – Antonini
Bon on ne va pas se mentir, on aurait préféré qu’elle chanta Caio et non Tullia. Maintenant elle chante quand même un des plus beaux airs de Vivaldi, le splendide “Misero spirto mio” qui fait alterner des phrases éplorées avec des morceaux de vocalises acérées, justement ce qui la met en difficulté aujourd’hui. Le reste du disque est assez décevant, notamment parce que le chef d’orchestre qui excelle dans l’animation de certains airs vifs peine à mettre en lumière la structure générale de l’oeuvre qui sonne très morcelée. Donc on se tournera vers son récital Vivaldi mentionné plus haut pour l’entendre chanter Caio et vers le récital Vivaldi de Kozena pour entendre cet air parfaitement chanté et accompagné.
Juditha Triumphans – Fasolis
Ce live est devenu pour moi la version de référence de ce chef d’oeuvre de Vivaldi, supplantant l’excellente version deMarchi parue chez Naïve: Fasolis et ses Barochisti sont stupéfiants et ont réussi à renouveler ma perception d’airs que je pensais connaître par cœur, bref idéal et grisant. Tout le plateau est proche de la perfection à commencer par la Juditha ténébreuse de Mingardo, Laurens est étonnante et Custer enthousiasmante. Invernizzi est un Vagaus à la tessiture plus réduite que celle de la toujours vaillante Comparato dans les rôles d’adolescent (disque Naïve) et contrairement à cette dernière n’arrive pas à laisser deviner la moustache juvénile du jeune écuyer, mais elle fait preuve d’une facilité époustouflante dans la virtuosité presque crâneuse, à l’image de l’assurance du jeune homme, et ainsi épaulée par Fasolis, on ne peut qu’applaudir le résultat d’une musicalité qui touche à l’évidence.

Motets – Bonizzoni (Cracovie)
L’exubérance à fleur de peau de Vivaldi lui va décidément comme un gant: lors de concert elle a chanté Sum in medio tempestatum, O qui caeli et In turbato mare irato. En plus de souligner que ce ne sont pas les plus évidents (diantre!), je ne peux que m’incliner devant son interprétation volcanique qui hisse ce concert au rang de référence; sans compter l’excellent accompagnement de Bonizzoni.

– Ercole sul Termodonte – Biondi (Vienne & Paris 2009)
J’avais vraiment pas adoré: la direction de Biondi est lourde, pleine de maniérismes et déstabilise les chanteurs, voire les couvre. Invernizzi a des airs redoutables à chanter, notamment un “Da due venti il mar turbato” où elle court après l’orchestre, bâcle son canto di sbalzo et sort des aigus vraiment disgracieux. Pour l’entendre dans toute sa gloire dans ce même air, je recommande chaudement son récital Vivaldi.
– La Fida ninfa – Spinosi (Cracovie 2010)
La première Fida ninfa de Spinosi était vraiment prometteuse et touchante, le disque le voyait déjà verser dans l’hystérie, avec cette troisième il malmène encore plus un opéra vénitien qui devrait être un enchantement harmonique permanent et est transformé en concours de vitesse napolitain vidant tous les airs de leur substance. Tout comme dans l’Ercole par Biondi, Invernizzi est constamment bousculée.
– La Senna festeggiante – Bolton (London 2006)
– Tito Manlio – Dantone (Cracovie 2012)
Trop tard hélas, les airs purement virtuoses de Lucio la dépassent et même si elle y met toute son énergie, ces airs de parade ne pardonnent rien. Reste tout de même le très beau “Non ti lusinghe” dans lequel elle en fait presque trop. Sa version de ce même air dans son récital Vivaldi est plus touchante car plus retenue.

  • Ziani, Assalone punito – Curtis
  • DIVERS
    Lo Monteverde Voltato A Lo Napolitano – Florio
    – Salon napolitain – Caramiello
    Donne barocche – Bizzarie Armoniche
    Récital consacré ici à des “compositrices” du XVIIème et XVIIIème siècles. J’ai un peu du mal à parler de la qualité des morceaux présentés ici étant peu familier de ce répertoire, mais voilà un disque que j’écoute avec  beaucoup de plaisir, même si l’ensemble qui l’accompagne me semble parfois un peu trop mériter son nom (Bizzarie armoniche).
    La Vendetta – Bizzarie Armoniche
    O dolce vita mia – Rasi
    Voria che tu cantasse una canzione – Rasi
    La Notte d’amore – Curtis
    Non e tempo d’aspettare – Rasi
    La bella piu bella – Marchitelli
    Amore e morte dell’Amore – avec Sonia Prina – Pianca
    I viaggi di Faustina – Florio
    Un beau recueil d’airs rares pour cette forme de récital hommage à un grand chanteur baroque dorénavant à la mode. Les airs écrits pour Faustina sont parfois un peu graves pour elle et présentent souvent des vocalises très rapides dans lesquelles elle manque de pulpe aujourd’hui. De plus, (comme souvent pour ces récitals) les instrumentistes ne sont pas assez nombreux pour rendre justice à ces airs, qui dès lors se ressemblent un peu tous. Au final rien d’indigne, mais rien de mémorable non plus.
    – Pergolesi, Leo & Jommelli – Pièces sacrées – Curtis (Paris 2011)
    – Pergolesi, Vivaldi & Handel – Arias – Dantone (Schwetzingen 2010)

    – Apparition dans le documentaire Gesualdo. Death for Five Voices de Werner Herzog (1995)
    – Apparition dans le documentaire Handel, maitre du baroque de Ulrich Meyszies (2011)

Si vous connaissez un disque non mentionné dans cette liste, n’hésitez pas à le signaler!

Vous n’en avez pas assez? Alors une chaine Youtube pour vous rassasier: Roberta Triumphans.

 ATTENTION: forte récompense à qui trouvera des enregistrement de ces concerts:

– Handel, La Partenope – Florio (Paris)
– Handel, Silla – Biondi (2004)
– Handel, Arminio – Curtis (Padova 2000)
– Hasse, Sant’Elena al Calvario – Biondi (Salzburg)
– Handel, Amadigi – Beaune
– Handel , Amadigi – Dantone (Versailles 2014)
– Vivaldi, In Furore – Alessandrini (Paris)
– Pergolesi, L’Olimpiade – Dantone (Beaune)

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4 Responses to Roberta Invernizzi, l’étoile

  1. Nicolas says:

    what a beautiful article! I adore Roberta and I’m very excited at her coming recording Arias for Domenico Gizzi, I think she’s absolutely perfect for those virtuosistic castrati roles,. She will be singing Morasto in Vivaldi’s La Fida Ninfa in Spain and Netherlands with Andrea Marcon and a recording is rumoured! I really hope it is true for I find the role ideal for her. By the way the site mediatheque.cite-musique.fr has in its archive a recording of Handel’s Partenope with Roberta and a beautiful sample can be heard, but this site seems to only make the archive available for members.. Would be wonderful to hear Roberta in a title role of a Handel opera, it’s a mystery that no conductor has recorded a Handelian opera with her though earlier this year her management agency said in Facebook she would record Giulio Cesare for Glossa, haven’t read anything else about this ever since but she will sing Cleopatra with Sonia Prina under Alessandrini’s batton in Toulon in April next year.. maybe that’s what will be recorded (hopefully!) she wil be also singing Medea in Teseo in the same month in Halle: satisfaction guaranteed. last but not least Roberta is set to record Hasse’s Semele with Osele, Sonia Prina and Karine Gauvin as part of the sony edition of the 3 serenatas of Hasse. Sorry for the lenght of this comment but as I said before I adore Roberta.

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    • licida says:

      Hi Nicolas, and thanks for your comment and all the updates! Fida Ninfa with Marcon would be much more exciting than with Spinosi, I’m sure. I was at the concert where she sang Partenope with Prina in Rosmira, it was tremendous. I went to the Cité de la musique in Paris to ask if it would be possible to get a copy of the recording but was told it was only allowed to be heard locally. I’m still waiting to find someone working there in my relatives and who would be able to get this recording out!

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  2. Frédéric says:

    Salut, content de retrouver ce blog et un peu de monde ici. La discographie d’Invernizzi va notablement s’enrichir puisque vient de sortit Adriano in Siria de Veracini dans lequel elle chante un rôle pour la Cuzzonni et où elle est en plus bien entourée (Hallenberg, Prina). Surtout en Janvier sortira son album consacré au castrat Gizzi avec de airs de Scarlatti, Vinci, Sarro etc. On peut craindre une direction trop timorée de Florio, mais bon ça devrait être intéressant.

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  3. Benedikt says:

    Excellent review of Invernizzi’s fulgurant carreer, I received her Adriano in Siria some days ago where she is predictably wonderful and paired with other fine singers. I heard that it is actually true that she will record Vivaldi’s Fida Ninfa with Marcon as Morasto with Maria Espada as Licori, I will be eagerly looking forward to this album. I was also told that Roberta recently recorded an album with Harpist Margret Köll with music by Scarlatti, Rossi and Monteverdi.

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